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17 juin 2008
Faut-il sanctionner les chômeurs? problématiques 1/5
Ce titre reprend celui d'un article publié dans Alternatives Economiques de juin 2008 mais n'en est pas une simple synthèse mais également inclus une analyse personnelle dont j'endosse la responsabilité.
Le gouvernement a décidé de sanctionner les chômeurs refusant deux offres valables d'emploi en passant par dessus les débats entre partenaires sociaux.
Cette approche repose sur la thèse d'un chômage volontaire qui expliquerait le chômage, c'est à dire que les chômeurs seraient dans un arbitrage entre la désutilité du travail (renoncement au temps de loisir) et l'avantage financier qu'il peut procurer (ou pas), ce qui peut les pousser à ne pas accepter les emplois qu'on leur propose.
La légitimité du système de protection sociale repose pour les actifs occupés qui cotisent sur l'assurance d'en bénéficier en cas de perte d'emploi ou de maladie par exemple, mais également sur le fonctionnement correct et équitable de l'indemnisation. On peut à ce titre s'interroger sur l'opportunité de pointer justement les défaillances du système ce qui peut conduire à l'affaiblir. Cependant il apparaît qu'une partie des français ont anticipé déjà cette remise en cause, en particulier dans l'électorat de notre président. Il ne s'agit pas de tomber dans l'angélisme mais de souligner qu'une approche qui s'appuie sur la généralisation de cas particuliers porte plus de risques que d'avantages.
Les statistiques montrent que le déficit d'emplois dans certains secteurs coexiste avec un excédent d'emplois dans d'autres secteurs. Cependant cette approche comptable a ses limites. Ainsi un cadre administratif au chômage n'a pas forcément la qualification pour un emploi d'électricien en bâtiment ou de couvreur et dans quelle mesure un emploi de serveur à 60km de son domicile pourra-t-il être considéré comme une offre « valable » d'emploi?
Là repose également une part de notre questionnement: la définition de ce qu'est une offre « valable » d'emploi car si jusqu'à présent un chômeur pouvait être sanctionné en cas d'absence de recherche d'emploi ou refus d'offres proposées, la mise en oeuvre des sanctions reposait sur une définition subjective des abus des agents publics (au 1er janv 09: les agents de l'ANPE et des ASSEDIC réunis au sein du nouveau service public de l'emploi). Il s'agit donc pour le gouvernement de donner un cadre à la définition d'un emploi « valable » dont le refus pourrait légitimement conduire à une sanction. Les exigences sur le type d'emploi « valable », « raisonnable », tel que défini par le gouvernement, sont inversement proportionnelles au temps de chômage et pour les chômeurs de plus d'un an, soit plus du quart des chômeurs en mars 2008, ceci représenterait une offre jusqu'à 57,4% du salaire antérieur avec un trajet de 2h par jour. On évacue ainsi toutes considérations en terme de qualité de l'emploi ou de projet professionnel si ce n'est à travers la prise en compte du niveau de qualification. Ceci ne sera pas sans conséquences humaines, sociales mais également économiques.
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Commentaires
J'ai travaillé près de 9 ans à l'ANPE, et même les secteurs déclarés de pénurie de main d'oeuvre, relèvent d'une déformation de la réalité pour certains.
Dans le bâtiment beaucoup d'entreprise font travailler au noir, pénalisant les entreprises honnêtes au passage, et trouver un CDI dans le bâtiment, n'est pas aussi évident selon le secteur géographique. J'ai un ami plaquiste (qualifié et qui travaille bien, je le précise), il lui a fallu plus de deux ans pour en trouver un sur Perpignan, et ses agences d'intérim ne lui avaient rien trouvé entre juillet et octobre 2007.
Dans la restauration les employeurs qui poussent les grand cris sont ceux qui ne payent pas les heures et considère que le salarié doit bosser 50h ou plus en étant payé 43h ! Sans compter ceux qui les déclarent à mi-temps seulement, pour ne pas payer les charges et avoir un moyen de pression supplémentaire sur leur salariés.
Dans le nettoyage beaucoup de boîtes de négriers, contrat à temps partiel de personnes non qualifiées et là aussi bonjour le nombre d'heures effectuées non payées !
Ne parlons pas des conditions de travail dans la grande distribution...
Par contre il y a des métiers qui sont en pénurie de qualification, tout ce qui relève de a boucherie, boulangerie, par exemple, où les classes de CAP ne sont pas remplies ... mais aucune formation professionnelle adulte de reconversion dans ces métiers n'est mise en place auprès des adultes qui souhaiteraient y entrer. Or une formation de boulanger pour un adulte par exemple coutait à l'époque 3000€ minimum, sans aucune prise en charge !
La formation professionnelle adulte qui existait, et prise en charge pour les chômeurs en vue d'une reconversion, qui était déjà mal adaptée et insuffisante a été méthodiquement réduite à peau de chagrin depuis 15 ans, l'AFPA a subi une véritable entreprise de démolition, alors qu'elle était le seul organisme public, délivrant des formations qualifiantes (diplômes reconnus EN), gratuites et rémunérées si les personnes étaient au chomâge, et avec un centre d'hébergement pour permettre l'accès aux formations chaque centre AFPA étant spécialisé dans un ou plusieurs secteurs !
Certes il y a des chômeurs qui ne cherchent pas de travail, ou plus parce que complètement découragés, mais au vu du nombre qui en cherchent et auxquels tu n'as rien à proposer ... je peux te dire qu'heureusement qu'ils ne viennent pas tous réclamer du travail ou une formation à cor et à cri dans les ANPE !
Le discours et propagande officielle sur le chômage est mensonger, les chiffres sont manipulés, on fait baisser les statistiques en modifiant les régles concernant les catégories et le comptage, pas la réalité du nombre de chômeurs, qui doit être minimum 25 à 30% plus élevé que déclaré.
Je réponds sur la première partie, mais j'ai lu les deux autres, et je ne peux que souscrire à ce que tu exprimes, il y aussi également "quel travail" en terme de qualité d'une part et de revenus permettant de vivre décemment ... or le nombre de salariés pauvres dont une partie doit au caritatif de ne pas mourir de faim ne cesse de grimper !
Je viendrais lire la suite avec plaisir, amicalement
Ecrit par : benedicte | 17 juin 2008
Merci pour ton commentaire détaillé qui apporte un éclairage intéressant sur le décalage entre les discours, les statistiques "officielles", les clichés... et la réalité.
Ecrit par : Christine GERARD | 17 juin 2008
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